mardi 29 mars 2016

Thème grec de Manuel Sainte-Claire






   Les Arcadiens étaient d’un naturel plus propres aux beaux-arts que les Scythes. On voit même que les Athéniens avaient un esprit plus vif et plus subtil que les Béotiens. La seconde chose que je remarque, c’est que les Grecs avaient plus de culture pour l’éloquence que notre nation n’en peut avoir. Chez les grecs, tout dépendait du peuple, et le peuple dépendait de la parole. Dans leur forme de gouvernement, la fortune, la réputation, l’autorité étaient attachées à la persuasion de la multitude ; le peuple était entraîné par des rétheurs artificieux et véhéments.


Fénélon. Lettre à l’Académie




TRADUCTION 


   Οἱ  Ἀρκάδες φύσει ἱκανώτεροι ἦσαν τῶν Σκύθων πρὸς τὰς ἐλευθερίους τέχνας. Καὶ μὴν ὁρῶμεν ἡμεῖς ὅτι γνώμῃ ὀξύτεροι καὶ λεπτότεροι ἦσαν οἱ Ἀθηναῖοι τῶν Βοιωτῶν. Δεύτερον αὖ, πρὸς τὴν ῥητορεία ὁρῶ τούς Ἕλληνας παιδευσαμένους ὑπὲρ ὅ δύνονται οἱ παρ᾿ ἡμῖν ἄνθρωποι. Πάντα μὲν τοῖς Ἕλλησιν ἐκ τοῦ δήμου ἦν, τοῦ δὲ ῥήματος ὁ δῆμος. Ἐν δὴ τῇ πολιτείᾳ αὐτῶν τά τε χρήματα καὶ ἡ δόξα καὶ τὸ κράτος τοῦ τὸν ὄχλον πείθειν ἐξηρτᾶτο. Ὁ γὰρ δῆμος ὑπό τε πανούργων καὶ σφοδρῶν ῥητόρων ἐπήγετο.

mardi 19 janvier 2016

Jours heureux / thème grec de Manuel Sainte-Claire






Jours heureux

   Ainsi s’écoulaient dans un délire continuel les journées les plus charmantes que jamais créature humaine ait passées ; et quand le coucher du soleil me faisait songer à la retraite, étonné de la rapidité du temps, je croyais n’avoir pas assez mis à profit ma journée, je pensais en pouvoir jouir davantage encore ; et, pour réparer le temps perdu, je me disais : “Je reviendrai demain”

                                                                                                                                                                                    J.J ROUSSEAU


TRADUCTION 

   Οὕτως δ' ἐν συνεχεῖ μανίᾳ διεγίγνοντο αἱ ἥδισται ἡμέραι ὑπ' ἀνθρώπου ποτε διατριβόμεναι· καὶ διὰ τὸ δῦναι τὸν ἥλιον, ἐννοῶν ὅτι ἔδει μοι ἀπέρχεσθαι καὶ περὶ τοῦ τάχους τοῦ χρόνου θαυμάσας, ἱκανῶς μὲν μὴ τῆς ἡμέρας ἀπολαύεσθαι ἐνομίζον, πλέον δ' ἔτι ᾠόμην αὐτῇ χρῆσθαι· καὶ τὸν ἀναλισκομένον χρόνον ἵνα ἀκῶμαι, εἰς ἐμαυτὸν ἔλεγον· "αὔριον ἐλεύσομαι".

mardi 20 octobre 2015

Imprécations de Didon à Enée / Thème grec de Manuel Sainte-Claire



“Va, je ne te tiens point ! va, va, je ne réplique 
A ton propos, pipeur ; suis la terre italique.
J’espère bien enfin, si les bons dieux, au moins, 
Me peuvent être ensemble et vengeurs et témoins, 
Qu’avec mille sanglots tu verras ton supplice, 
Que le juste destin garde à ton injustice”

                                                                               Jodelle



Traduction

Διδοῦς κατάραι πρὸς τον Αἰνείαν

"Πορεύου, οὐ κατέχω σε, πορεύου, πορεύου, πρὸς τὸν λόγον σου οὐκ ἀνταποκρίνομαι, δολερός· τῇ Ἰταλικῇ γῇ ἕπου. Τέλος δ' ἐλπίζω δή γε ἐάν γοῦν οἱ θεοὶ ἅμα δυνῶνταί μοι ἐκδικοί τε καὶ μάρτυροι εἶναι, μετὰ μυρίων στεναγμῶν τὴν τιμωρίαν σου βλέψεις ἣν ἡ ἔνδικος τύχη τῇ ἀδικίᾳ σου τηρεῖ"

mercredi 30 septembre 2015

Que reste t-il, au Vauclin, des bijoux de l'impératrice Joséphine ?




   L'impératrice Joséphine a hérité de sa mère, Mme de la Pagerie, une collection de bijoux en or  et d'argenterie d'une très grande valeur. L'historien, J. Rennard, nous apprend, qu'après la mort de Joséphine en 1814  une partie de cet héritage, a été transférée au Vauclin. Evidemment, nous aurions aimé savoir où exactement au Vauclin, au moins dans quel quartier de la commune. Mais enfin, qu'importe, puisque de toute manière, il est peu probable qu'il reste encore au Vauclin quelque chose de ce trésor, à moins que Mr Charles Tascher de la Pagerie à qui ce trésor avait été confié n'ait eu l'idée de l'enfouir dans la terre, sous la bonne garde d'un fromager ou d'un esclave, selon certains récits antillais sur l'esclavage.

   Voici donc,  dans son intégralité le texte de J. Rennard : "Après la mort de Joséphine, le 11 Avril 1815, Henri Berdot, fondé de pouvoir du Prince Eugène, et de la reine Hortense, en présence de M. le baron Charles Tascher de la Pagerie, chef d'escadron, domicilié au Vauclin, fit un nouvel inventaire de l'habitation. Il est sensiblement le même que celui qui fut fait à la mort de sa mère. On y remarque seulement qu'une partie des bijoux et de l'argenterie a été transportée au Vauclin, chez M. Tascher..." 


Manuel Sainte-Claire

 

Référence 

G.G., Rennard J. Mélange. in : Revue d'histoire des colonies, tome 36 -1949 






mardi 29 septembre 2015

La leçon donnée à la mouche par la fourmi / Thème grec de Manuel Sainte-Claire




La leçon donnée à la mouche par la fourmi 

 Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère.
 Alors je jouirai du fruit de mes travaux :
 Je n'irai, par monts ni par vaux,
 M'exposer au vent, à la pluie ;
 Je vivrai sans mélancolie.
 Le soin que j'aurai pris, de soin m'exemptera.
 Je vous enseignerai par là
 Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire.
Adieu, je perds le temps : laissez-moi travailler


Traduction 

Πῶς  ὁ μύρμηξ τὴν μυῖαν διδάσκει.

Ὅταν δ' ὁ Φοῖβος ἐπ' ἕτερον ἡμισφαίριον βασιλεύση, τότε τῷ μισθῷ τῶν πόνων μου χρήσομαι· πανταχοῖ οὐ μὴ διέρχωμαι ἕτι ἐν ἀνέμῳ καὶ ὑετῷ εἶναι· χαίρων δὴ ζήσομαι· σπουδασάμενος γὰρ οὐδέν μοι μελήσει· καὶ οὕτω διδάζω σε ψευδῆ καὶ ἀληθινὴν δόξαν διακρῖναι. Χαῖρε· τὸν χρόνον ἀναλίσκω· ἐργάσασθαι ἕασόν με


Charles Davidas : Un révolutionnaire vauclinois, par Manuel Sainte-Claire



   
   Aujourd'hui, très peu de Vauclinois se souviennent de Charles Davidas, et beaucoup n'ont peut-être jamais entendu parler de lui. Aucune rue du Vauclin ne porte, malheureusement, son nom.

   Charles Davidas était membre de l'OJAM(Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique), créée le 30 Septembre 1962 et dont le but était "l'écrasement définitif du colonialisme dans la lutte de libération de la Martinique".
   
   Suite à des rumeurs, les membres de cette organisation ont fait l'objet de perquisitions, arrêtés, puis emprisonnés.
   
   Charles Davidas a été arrêté, et a d'abord été incarcéré à la prison de Fort-de-France(au 118), le 11 Avril 1963, Transféré en France, à la prison de la Santé, il a été libéré le 3 Mai 1963.


   Après le jugement du 10 Décembre 1963, ses camarades de la prison de Fresnes sont relaxés par la justice, et Charles Davidas est rapatrié en Martinique, et retrouve sa commune du Vauclin.

    Sur la photo qui date de Décembre 1963, on voit Charles Davidas au centre, en compagnie de ses camarades : Anglionin, Riam, René-Corail et Sainte-Rose. Ils sont dans la salle à manger du bateau qui les ramène en Martinique.

Référence 

Source : Gesner Mence, L'affaire de l'OJAM, 2001


dimanche 27 septembre 2015

Le gisement archéologique de Paquemar / Vauclin(Martinique) par Manuel Sainte-Claire

L'habitation Paquemar au début du 20è siècle


Je dédie cette étude à la famille PAQUEMAR du Vauclin


   La région du Vauclin est bien connue pour ses nombreux sites archéologiques de la période esclavagiste et post-esclavagiste, et même de la période pré-colombienne, comme l'atteste le P. Pinchon. 

   De Paquemar, en remontant vers le Nord, les sites archéologiques, écrit le Père Pinchon, sont très nombreux. "Nous en avons découvert en 1949 et 1950 à Massy-Massy, ainsi qu'auprès de la mare de Château-Paille, et sur le plateau avoisinant"

   Mais c'est le site de Paquemar qui possède le gisement archéologique le plus riche. A ce propos, voilà ce qu'en dit le P. Pinchon :

   "Le gisement le plus typique de cette civilisation Karib est incontestablement celui de Paquemar, situé le plus au sud de l'île. Le village était bâti au niveau de la mer, tout près de la rivière du même nom, dans le fond d'une anse bien abritée. Il constitue l'habitat le plus important de cette époque"

   L'habitation Paquemar se situe entre le Vauclin et le Marin, à environ 2 Km après le bourg du Vauclin. 

  Sur l'origine même du nom Paquemar, nous n'en savons rien. Nous n'en avons aucune indication précise dans les archives. Nous avons donc essayé de comprendre quel pouvait être l'origine de ce nom. Nous savons que la Martinique a d'abord été colonisée par les Espagnols, au début du 16è siècle. La colonisation française a commencé beaucoup plus tard, au 17è siècle. Par conséquent, Il est probable qu'on ait eu, à l'origine, "parque del mar", indiquant l'emplacement d'un arsenal. C'est le sens du mot "parque" en espagnol. Dans sa forme abrégée, on serait arrivé à "parque mar" en deux mots, puis à "parquemar". Sous l'influence du français et aussi du créole, on aurait assisté à la chute du premier "r", et de "parquemar" on serait passé à "paquemar",(Comparez le créole "Paquema" ou le "r" final a, lui aussi,  totalement disparu)  puis probablement dans une tentative de francisation du mot,  à "paquemart", comme cela est attesté au début du 18è siècle, et finalement à la forme "Paquemar" que nous avons actuellement.   Mais ce n'est là qu'une hypothèse, qui nous paraît quand même assez probable.    

  Certains attribuent la construction de Paquemar à l'oeuvre des Jésuites. Mais, il n'existe aucune certitude historique quant à cela. Par contre, ce qui est sûr, c'est que Moreau du Temple, ingénieur et géographe du roi, signale l'habitation Paquemar, sur une carte dessinée en 1770 et dans son ouvrage "Histoire des Paroisse" J. Rennard parle d'une revendication, en 1712, des  "habitants... du Vauclin et de Paquemart"(avec bien un "t" final), pour la création d'une nouvelle paroisse au Vauclin. 

 Le lieu aurait d'abord été habité par les Amérindiens, avant l'installation des colons au cours du 16è siècle, et ensuite par les esclaves africains. 

   Pour ce qui est du patronyme Paquemar,  nous avons observé que ce nom de famille semble inconnu en France métropolitaine, jusqu'à la fin du 19è siècle, début 20è, à peu près. Donc, il nous semble fort peu probable qu'il soit d'origine française. 
En revanche, ce nom de famille est assez fréquent en Martinique, et principalement dans la partie sud de l'île(Vauclin, Marin). D'ailleurs, d'après nos recherches, ce patronyme ne serait associé, au 19è siècle qu'au seul territoire français de la Martinique.  Donc, en dehors de toute preuve historique évidemment, nous pensons qu'il aurait été attribué à des esclaves habitant sur l'habitation lors de leur affranchissement, avant 1848 ou  à partir de cette date au moment de l'abolition de l'esclavage. 

  En 1822, Félix Renouard recense à Paquemar une sucrerie appartenant aux frères Perpigna. 
Au début du 20è siècle, avec sa distillerie et ses nombreux ouvriers agricoles, l'habitation Paquemar, gérée par la famille Asselin, était encore très vivante. Aujourd'hui,  l'activité économique de Paquemar tourne autour de l'agriculture, mais principalement autour de l'exploitation de sa carrière. 


Maison appartenant à la famille Asselin à Paquemar


   En décembre 1938, M. E Revert, accompagné du R.P Delawarde, et de Mr. Guy de Reynal, recueille sur l'habitation Paquemar quelques pièces fort intéressantes. Cette première fouille, qui en réalité, n'était qu'une "prospection légère au cours d'une promenade", comme le dit Mr. De Reynal,  puisqu'elle n'a été faite qu'en surface dans la terre végétale, à une profondeur inférieure à 20cm, et n'a duré que quelques heures, sera suivie par d'autres fouilles, beaucoup plus longues, réalisées par le P. Pinchon. 


  Le gisement de Paquemar, selon les informations fournies par  Mr Revert  "se trouve à une centaine de mètres de la route coloniale et occupe la partie centrale d'un champ labouré où l'on aperçoit une légère élévation de terrain de 30 à 40 cm parsemée de nombreux coquillages de toutes grosseurs, sans que l'on puisse parler pour cela d'un véritable amas coquiller." 

  Les pièces recueillies en 1938, sont tout simplement des débris d'objets de la vie quotidienne. Ce sont des restes de poterie, de céramique, très remarquables d'ailleurs,  diverses figurines, des outils en pierre ou fabriqués à partir de conques de lambis, des fragments de statuettes, des morceaux de carafes, de vases, des pesons de fuseaux, etc.

  Vu la richesse du site, nous supposons que le choix des pièces recueillies n'a pas été facile. Le choix s'est porté sur les pièces les plus intéressantes, les plus belles, au détriment des objets les plus grossiers, et aussi les plus communs. 

  Tous ces documents archéologiques ont été, par la suite, transférés, par Mr Revert au musée de l'homme à Paris. 

 Après le R.P Delawarde, le gisement de Paquemar, comme nous l'avons dit précédemment a également été exploré par le P. Pinchon, à partir d'avril 1945. Ses recherches sur ce site, ont été très fructueuses, comme il en témoigne dans son "introduction à l'archéologie martiniquaise"

  Le gisement de Paquemar, dit-il  nous a "livré des outils et des objets d'ornementation d'un art indiscutable"  et aussi " un certain nombre de beau pendentifs polis et souvent gravés"

  Ces collections archéologiques, celle du R.P Delewarde et celle du P. Pinchon, ne laissent, quasiment  pas  de doute  quant à la présence d'une civilisation pré-colombienne à Paquemar, comme cela est maintenant attesté pour Macabou.  





L'oratoire de Paquemar

  Depuis les travaux du R.P Delawarde et du P. Pinchon, aucune fouille sérieuse et moderne, n'a été entreprise à Paquemar. 

  Vu les fouilles de 2005 au Macabou, puis celles plus récentes sur le site de Sigy, nous pensons qu'il pourrait y avoir dans les années à venir, un regain d'intérêt pour le site de Paquemar qui a encore beaucoup de trésors à nous livrer. 



Fouilles modernes à l'habitation Sigy




Références bibliographiques

Reichlen Henry, Barrette Paule, Musée de l'homme, contribution à l'archéologie de la Martinique, le gisement du Paquemar, in journal de la société des Américanistes, Tome 33 - 1941

Pinchon Robert, Introduction à l'archéologie martiniquaise, in 
journal de la société des Américanistes, Tome 41 N°2  - 1952

d'Harcourt Raoul, collections archéologiques martiniquaises du Musée de l'Homme, in journal de la société des Américanistes, Tome 41  N°2  - 1952

J. Rennard, La Martinique - Histoire des paroisses, des origines à la séparation, Thonon-les-bains,  1951

Félix Renouard, M. Sainte-Croix, Statistiques de la Martinique, Paris 1822